Faire face aux reproches ; mes stratégies pour mieux appréhender les critiques

les secrets de la communication

« Le plus sale roquet peut faire une blessure mortelle. Il suffit qu’il ait la rage. »

Paul Valéry

Hé oui. Même le plus médiocre, le plus insignifiant, le plus haineux des individus peut vous atteindre s’il met suffisamment de venin dans une critique acide bien envoyée.

Qui ne s’est jamais senti vexé suite aux reproches d’un parent ? D’un professeur ? Ou pire, ceux d’un ami ? Accepter les reproches et les critiques n’est pas une chose aisée. Cela requiert une grande ouverture d’esprit et la capacité de se remettre en question.

En revanche, parvenir à accepter les reproches et passer par-delà les blessures d’orgueil est un grand pas en avant vers votre épanouissement personnel. Cela peut vous permettre d’éviter de reproduire des erreurs récurrentes ou de mettre en lumière certains aspects de votre personnalité.

Aujourd’hui je vous propose de découvrir quelques stratégies toutes simples pour apprendre à mieux appréhender les reproches. Mais tout d’abord, cadrons un peu notre sujet. Lorsqu’on parle de reproches, on distingue en fait deux types de critiques négatives :

• En premier lieu il y a la critique gratuite. Celle-là, c’est celle qui pique. La critique gratuite est formulée pour vous descendre, pour vous rabaisser. C’est malheureusement une forme de reproche assez commune, puisqu’elle provient souvent d’une réponse impulsive et non réfléchie. D’ailleurs, on peut massivement en trouver des exemples en lisant les commentaires de n’importe quelle vidéo Youtube un tant soit peu engagée. Formulé ainsi, un reproche peut faire beaucoup de dégâts. Baisse de confiance en soi, doute, remords… Ce genre de critique est énergivore et parfaitement inutile. Elles ne font avancer personne et ne peuvent, qu’au mieux, irriter les deux parties lors d’un dialogue.

Exemple :

Ton article est nul. Le lire était une affreuse perte de temps. Tu ferais mieux d’aller ramasser des déchets dans la rue, tu te rendras plus utile à l’humanité.

Vous voyez ? Même pas besoin d’être vulgaire !

• D’autre part, on trouve les critiques constructives. Cette fois, il y a des enseignements à tirer de ce genre de reproches. Ils sont là pour vous faire avancer. Celui qui énonce cette critique ne cherche pas à vous rabaisser mais à souligner des points qui peuvent être améliorés, pour vous faire progresser. Un bon conseil : gardez près de vous les personnes prêtes à vous couvrir de reproches constructifs, car cela demande autant de courage d’encaisser une critique avec du recul, que de formuler un reproche à une personne qui nous est chère.

Exemple :

Ton article manque un peu de contenu. Je pense qu’il gagnerait en substance si tu pouvais y intégrer des références d’auteurs ou des liens vers d’autres articles du même thème.

Maintenant que nous avons défini le sujet un peu plus précisément, il est temps de passer aux techniques qui facilitent l’appréhension des reproches. Car gratuite ou constructive, une critique reste une critique et elle brûle souvent les oreilles autant que l’ego.

Les mauvais réflexes à dépasser

Il existe des tas de comportements « communs » de réaction face aux reproches. Ce sont des réflexes naturels qui dépendent du tempérament et de la personnalité de chacun. Mais ces « antivirus » préinstallés dans votre système ne valent malheureusement pas grand-chose et il est important de savoir les reconnaître pour pouvoir les mettre à jour (bonjour la métaphore bancale).

Pour l’anecdote, ce sujet me tient particulièrement à cœur car je rentre dans une des trois catégories de « mauvais réflexes » ci-dessous.  les reproches font mal

Mauvais réflexe n°1 : Fuir la critique

Bousculé par le reproche, vous préférez nier en bloc, quitter la pièce ou vous enfermer dans un silence plombant, les bras fermement croisés sur la poitrine. Vous vous murez dans le silence pendant quelque temps, en choisissant d’ignorer parfaitement le reproche qui vous a été fait.

Ce réflexe est souvent une réaction aux reproches virulents. Que la critique soit trop violente dans sa forme (lorsqu’on se crie dessus en plein désaccord par exemple) ou dans son fond (par des paroles très dures vouées à blesser l’autre), ce mécanisme de défense agit pour vous protéger. Or, fuir c’est renoncer à confronter le problème. Fuir, c’est repousser une solution potentielle ; c’est retarder l’échéance inévitable du désaccord en reportant le problème à plus tard. Car ce n’est pas parce que vous choisissez de ne pas l’écouter que le problème n’est pas présent.

Mauvais réflexe n°2 : Riposter après la blessure

Vexé, vous répondez au reproche par un autre, en appuyant sur un point particulièrement sensible chez votre interlocuteur. Vous orientez le problème vers lui et reportez son reproche sur lui avec une pointe d’agressivité. Vous entrez dans un face à face déroutant où l’accusé devient le juge, dans un bras de fer d’où ne sortira rien de bon.

Cette mécanique de défense est la pire de toutes, car elle nourrit le conflit au lieu de le désamorcer. Dans certains cas, l’attaque est une excellente stratégie de défense, mais pas lorsqu’on vous adresse un reproche. Cela ôte toutes chances de retirer un quelconque bénéfice au dialogue. Pire encore, ce comportement mène tout droit à l’isolement, car à force d’agresser ceux qui ont quelque chose à vous reprocher, plus personne ne viendra vous dire quoi que soit…

Mauvais réflexe n°3 : Manipuler pour dissuader

Vous écoutez le reproche en hochant la tête, en songeant aux mille et un contre-arguments que vous allez opposer à votre interlocuteur pour le dissuader du bien-fondé de sa critique. Vous le manipulez pour l’emmener à croire qu’il a mal interprété ou mal jugé les choses, et que le problème n’est pas de votre fait, mais plutôt de son incompréhension de la situation.

La manipulation, dans ce contexte, peut se présenter au travers de l’humour, de l’intimidation, ou encore par un argumentaire écrasant de par sa lourdeur, qui détourne habilement la perspective de départ. Au final, avec cette stratégie, votre ego reste intact quoiqu’il arrive. Mais malheureusement, vous vous persuadez tout seul d’être un insupportable je-sais-tout, doté d’un gilet pare-balles anti-reproches. Mais vous savez quoi ? Vous n’avez pas réponse à tout, et les autres savent que c’est du flan. Vous n’apprendrez jamais rien de vos erreurs en croyant que les problèmes viennent forcément des autres.ne pas fuir les reproches

Cinq stratégies pour accepter les reproches

1. Changer de « posture »

Peu importe votre statut social, votre profession, votre âge ou votre savoir ; lorsque vous recevez un reproche, vous devez changer de cadre et adopter une « position basse ».

En communication, la position basse correspond à une posture d’humilité, dans laquelle vous décidez de laisser le leadership à votre interlocuteur. Dans les faits, cela implique de se contenter de proposer, sans jamais rien imposer.

Dans cette position, vous laissez votre interlocuteur « maître du contenu », lui permettant d’affirmer pleinement ses opinions et d’en assumer l’entière responsabilité. En agissant ainsi, la personne qui vous adresse le reproche va se sentir en confiance, à l’aise dans l’échange, lui permettant par là même occasion d’être honnête et sincère dans la formulation de sa critique.

De votre part, sortir de votre zone de connaissance va vous permettre de prendre l’information avec de la distance, de l’accepter plus humblement, en mettant de côté vos prétendues certitudes qui peuvent obstruer votre vision de la situation.

Attention, se mettre en position basse ne s’apparente pas à de la manipulation. Votre but ne doit pas être d’amener votre interlocuteur à se lâcher pour qu’il vide son sac. Une vraie position basse s’apparente à un geste humble d’acceptation, où vous vous positionnez comme un accompagnateur du dialogue, et non son leader.

2. Accepter la critique

Lorsqu’on vous adresse un reproche, acceptez-le. Ne pointez pas du doigt dans une autre direction pour faire ricocher ces propos difficiles à entendre. Enfoncez-vous profondément dans votre fauteuil et acceptez ce que la personne a à vous dire comme une opinion.

Qu’elle soit justifiée ou non n’est pas important. Si la critique est gratuite, laissez-la glisser sur vous en acceptant simplement de la considérer comme étant l’opinion de votre interlocuteur. C’est son choix de percevoir les choses ainsi et de les formuler de cette façon. Cela n’a pas à vous atteindre. Je n’insisterai jamais assez là-dessus mais retenez bien ça : les choses ont la valeur que vous décidez de leur accorder. Une fois que vous en aurez pris conscience, vous pourrez explorer votre caractère avec plus de profondeur, car vous ne réagirez plus comme les « conventions sociales » ou la norme le veulent, mais en résonance avec votre personnalité.

Par exemple, je déteste les nouvelles séries Marvel™ produites par Netflix, que je trouve creuses, mal réalisées et mal écrites. Je pense sincèrement pouvoir faire une liste d’au moins vingt adjectifs négatifs sur la série « Defenders », mais alors sans forcer.

Si j’avais Lauren S. Hissrich en face de moi (la scénariste et showrunneur de ces séries) et qu’elle me demandait mon opinion sur son travail, je lui répondrais que je n’ai pas eu envie de regarder la totalité de ses travaux car ils ne me plaisaient pas du tout.

Devrait-elle se sentir blessée ? Je n’ai que des mauvaises choses à dire au sujet de ses œuvres et pourtant, ce n’est qu’une opinion personnelle qui n’engage que moi. Elle pourrait décider d’écouter mon opinion, d’acquiescer et de retourner à l’écriture de ses prochains projets, sans en prendre une quelconque offense.

faire face aux reproches

Que retenir de cet exemple improbable ? C’est la même chose pour vous. Quoi que l’on puisse vous reprocher, la façon dont vous déciderez de le prendre ne dépendra que de vous. Ce qui importe, c’est d’accepter ce reproche et de vous l’approprier, qu’il vous touche ou non. Ne reportez pas la critique en refusant d’écouter votre interlocuteur. Laissez-le vous dire ce qu’il a sur le cœur et acceptez-le.

3. Prendre du recul

Ces deux premières stratégies, la position basse et l’acceptation, sont vouées à mieux recevoir la critique. Celle-ci se prête plutôt à améliorer votre réaction face au reproche.

En effet, dès aujourd’hui, je vous conseille de prendre du recul systématiquement lorsqu’on vous adresse un reproche. Si la situation le permet, prenez un peu de temps pour digérer l’information. Dormez dessus, repensez-y une fois que votre orgueil est calmé. Vous verrez alors les choses différemment.

Dans le cas d’un entretien, d’une négociation ou même d’une conversation houleuse où l’on vous met dos au mur, ne cédez pas à l’envie de répondre à chaud sans prendre du recul sur le reproche qui vous est fait. Soufflez un grand coup et nourrissez le reproche qui vous est adressé en posant des questions à votre interlocuteur pour qu’il précise sa pensée. Cela va le conduire à se répéter, à reformuler ou à synthétiser sa critique. Ça vous laissera le temps de mettre de la distance entre l’émotionnel et le factuel.

Pour les caractères impulsifs comme le mien, je recommande une technique simple pour prendre du recul dans des situations à forte intensité émotionnelle. Concentrez-vous sur le cadre.

Par exemple : « je suis en train de me faire rabaisser par cet acheteur qui m’insulte » deviendra « je suis dans une pièce, assis avec un inconnu et nous sommes tout deux en train de négocier une affaire ». Vous êtes ici pour le travail, ce que vous faites là ne vous concerne pas directement, cela n’a pas à vous toucher.

Ou encore : « je suis en pleine dispute avec mon mari, qui me reproche tout ce qui ne va pas dans notre foyer » se transformera en « je suis dans mon salon, je discute avec l’homme que j’aime et nous sommes en train de trouver des solutions pour améliorer notre quotidien ». Replacez-vous dans un contexte neutre pour mieux réagir aux reproches. Dans le fond, à part ce petit désaccord, vous l’aimez… Alors avez-vous vraiment envie de le frapper avec cette spatule en bois ?

Ce n’est pas un exercice facile car il demande de se détacher de l’emprise émotionnelle pour se concentrer sur le factuel uniquement. Dans les moments difficiles, briser la pression en recadrant la situation peut vous permettre de prendre le recul nécessaire pour appréhender le reproche.

N’écoutez pas vos émotions sur l’instant T, mais écoutez les critiques qui vous sont adressées. Ayez la force et l’humilité nécessaire pour vous regarder dans le miroir et contempler la situation d’un œil étranger.

être en paix

4. Changer de perspective

Ce conseil va de pair avec le précédent. Mais cette fois-ci, au lieu de prendre du recul pour contempler la situation avec plus de neutralité, l’objectif est de vous mettre dans la peau de votre interlocuteur.

Il y a tant de situations conflictuelles qui naissent de malentendus. Une personne veut exprimer un reproche à une autre car elle se sent mal, mais la différence entre son intention de départ, le cœur du message et la façon dont il est transmis sont tellement différent, qu’à l’arrivée, le conflit éclate.

Posez-vous toujours cette question : pourquoi me dire de telles choses ? Certainement pas pour le plaisir et l’ambiance qui découle des reproches. Non, cette personne a un message à vous faire passer.

Mettez-vous à sa place et essayer de comprendre comment elle a interprété la situation qui la conduite à vous faire ce reproche. Ne jugez pas son point de vue, ne critiquez pas son opinion. Ce qui importe, c’est de comprendre l’intention derrière le message. Dénichez le cœur du message, tendre et juteux, derrière la carapace acide de la critique.

5. La technique ultime pour désamorcer la critique négative : poser des questions ouvertes

Évident me direz-vous ? Je suis d’accord. Reste encore à l’appliquer. Dans un conflit, la pire chose à faire et de reprocher quelque chose à l’autre lorsqu’on vous critique. La meilleure chose à faire, pourtant, n’est pas si complexe. Il suffit de poser des questions.

Exemple : Vous êtes passé à côté d’une affaire et votre associé vous reproche d’avoir raté un rendez-vous important.  Demandez-lui ce qu’il aurait fait différemment, invitez-le à expliquer comment il aurait voulu que ce conclut le rendez-vous, proposez-lui de vous accompagner la prochaine fois. En acceptant posément son reproche avec humilité (position basse requise), vous allez adoucir les angles, repositionner le cadre et lui permettre de s’exprimer avec franchise. Peut-être que le problème ne vient pas du résultat ? Peut-être regrette-t-il de ne pas avoir été présent lors du rendez-vous, ou peut-être aurait-il aimé que vous lui proposiez d’y assister.

Il y a souvent plusieurs facettes d’un même problème. La vie est une question de nuance et il impossible de prétendre pouvoir toutes les appréhender. Interrogez toujours votre interlocuteur pour qu’il précise son reproche.

Parfois, formuler un reproche demande du courage. Surtout si l’on s’adresse à une personne que l’on aime et que le sujet du reproche est délicat. Chez certaines personnes, cela peut suffire à leur faire perdre le fil de leur opinion et peut conduire à la déformation du message initial.

Ainsi, sous la panique, « j’aimerais que tu prennes plus d’initiative et que tu me fasses à manger de temps à autre » se transforme en « tu ne fous jamais rien de la soirée et c’est moi qui me tape toutes les tâches ménagères ». Vous voyez le tableau ?

En conclusion : acceptez, digérez et questionnez.

Ces stratégies m’ont beaucoup aidé à changer ma façon de réagir face au reproche.

Pour finir, un dernier conseil. N’oubliez jamais ceci :

« Nous sommes tous le con d’un autre. »

communication paisible et fluide

Parmi les milliards d’individus sur Terre, la masse d’informations, de contenu et de messages transmis chaque jour, il y en aura toujours pour vous critiquer, vous ou vos actions. C’est ainsi et ce n’est pas prêt de changer. Économisez votre énergie en cas de critique gratuite et sachez tirer des leçons de toutes les critiques constructives qu’on aura à vous adresser. Pour le reste, faites toujours de votre mieux, et vous ne décevrez jamais personne. 😉

Une petite dernière pour la route :

« Plus une œuvre est bonne, plus elle attire la critique ; c’est comme les puces qui se précipitent sur le linge blanc. »

Gustave Flaubert

Benjamin T. – Le Bossu

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2 replies on “ Faire face aux reproches ; mes stratégies pour mieux appréhender les critiques ”
  1. Bonjour – Je suis dans le cas de figure n°2 je n’aime pas beaucoup les critiques et encore moins lorsqu’elles ne sont pas constructives – J’estime que l’on doit être tolérant et laisser faire comme les gens veulent. Aussi la personne qui formule une critique peut-être aussi dépourvue de tolérance et ne supporte pas qu’on ne fasse pas comme elle aurait fait ou dit dans une situation donnée, alors elle fait des remarques ! Je me mets donc en position de défense car je me sens agressée parce qu’il il s’agit de ma vie et de mes opinions…je me mur alors dans le silence parce que je suis impulsive et des mots très blessants sortent de ma bouche. Aussi je me sens victime de mon propre caractère voire de mon égo peut-être surdimensionné ?c’est la question que je me pose ! je me dit aussi qui sont – ils pour faire des reproches sur notre façon de faire ou de dire alors qu’eux même ne sont pas irréprochables ! Par ailleurs comme je peux avoir des propos piquants je ne fais jamais de reproche à qui que ce soit et aussi parce que j’estime que je dois rester à ma place. Vous ferez certainement une synthèse du fond de ma pensée aussi peut-être pourrez vous m’aider pour avancer. Vous me semblez de bons conseils – merci

    1. Bonjour,
      D’abord, merci pour ce partage et bravo pour votre volonté d’avancer sur ces sujets. Vous avez soulevé de nombreux points intéressants mais aussi très personnels, peut-être souhaiteriez vous poursuivre cet échange dans un espace de dialogue moins public ? Si c’est le cas, je vous invite à m’écrire depuis la page contact de ce blog. En tout cas, s’avouer une difficulté est le premier pas vers le progrès !
      Au plaisir

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