Les Biais Cognitifs

biais cognitifs

Rien ne nous trompe autant que notre jugement 

Léonard de Vinci

 

Bonjour à tous et bienvenu chez Le Bossu,

A notre échelle, nous faisons tous de notre mieux pour évoluer, apprendre de nos erreurs et élargir nos perspectives. Et dieu merci, dans la majorité des cas, nous progressons. Pourtant, malgré notre ouverture d’esprit, nous commettons tous à un moment où un autre des fautes de jugements.

Que cela se produise une fois, soit. C’est un apprentissage comme un autre, la vie continue. Mais lorsque cela m’arrive plusieurs fois, sur les mêmes sujets, ou dans les mêmes situations … Comme tout un chacun, je suis parfois tenté de me mettre des claques.

Si cela vous est déjà arrivé de vous trouver bêtes comme vos pieds et de passer à côté de réflexions dont la logique aurait pourtant dû vous sauter aux yeux, les lignes qui vont suivre vous donneront sans aucun doute des pistes de compréhension.

Aujourd’hui je vais vous parler des biais cognitifs. C’est un concept introduit dans les années 1970 par deux psychologues, Daniel Kahneman et Amos Tversky, qui cherchaient à l’époque à expliquer des tendances de prise de décisions irrationnelles dans la sphère économique.

Depuis, les recherches ont bien avancé et les chercheurs ont trouvé des tas (des gros tas) de domaines dans lesquels notre esprit est « piraté » par des biais cognitifs.

Alors qu’est-ce que c’est ?

Les biais cognitifs sont des phénomènes psychologiques qui nous font commettre des erreurs de jugement ou d’appréciation. Ce sont des formes de pensée qui dévient de la pensée logique ou rationnelle et qui ont tendance à être systématiquement utilisées dans une multitude de situations spécifiques. En gros, ce sont des raccourcis.

Cela pourrait être pratique : notre esprit reconnait des situations qui lui sont familières et applique donc un schéma de pensée adapté. Ces biais constituent des façons rapides et intuitives de porter des jugements ou de prendre des décisions sans avoir à analyser l’ensemble d’une situation et son contexte.

Malheureusement, il existe de nombreux biais cognitifs qui outrepassent leurs prérogatives et œuvres en dehors du champ pour lequel ils sont conçus. Dans ces cas-là, plutôt que vous faciliter la vie, ils tordent votre faculté de raisonnement et flouent vos capacités de jugements, votre objectivité.

Comme je vous le disais, les recherches sur ce sujet ont débuté en étudiant des comportements liés à l’économie. Il va sans dire que les applications des biais cognitifs en marketing sont légion. Elles sont nombreuses, retorses et éthiquement parlant très discutables. Mais je ne traiterai pas de cet aspect ici, donnant plutôt l’accent sur les impacts psychologiques dans les relations interpersonnelles.

Il existe beaucoup de ces biais. Trop en tout cas pour que cela soit ludique de tous vous les présenter dans ce modeste article. J’en ai tout de même choisi quelques-uns qui me semblent important de connaître.

En prenant conscience que de tels raccourcis existent, vous serez mieux armés pour faire face aux fameuses situations « je suis tellement stupide, je pourrais me mettre des claques ».

Ps : C’est un manque d’amour et de respect pour vous-même donc rendez-vous service, ne vous mettez pas de claques. Sauf si c’est votre truc, dans ce cas lâchez-vous.

 

 

Sept vilains biais cognitifs qu’il fait bon de connaître

L’effet de halo

C’est un de mes préférés. L’effet de halo se produit quand la perception d’une personne ou d’un groupe est influencée par une opinion (ou plusieurs, ce qui est encore pire) que l’on a préalablement pour l’une de ses caractéristiques.

A mon sens, cela s’apparente (mais ne se limite pas) à l’idée des préjugés. Par exemple, on présupposera d’une personne populaire qu’elle est heureuse, d’une personne séduisante qu’elle sera intelligente, d’une personne âgée qu’elle sera sage, d’une mère de famille qu’elle sera digne de confiance, etc.

Un autre exemple, en 1973, deux chercheuses ont réussi à prouver que des enfants étaient jugés plus intelligents que d’autres par leurs enseignants sur la seule base de leur attrait physique.

Notre cerveau reconnait une caractéristique sur laquelle il a une opinion et l’ensemble de la personne ou du groupe qui présente cette caractéristique y sera associée d’emblée. Perturbant n’est-ce pas ? De nombreux jugements racistes sont fondés sur ce principe.

Il faut se méfier comme de la peste des généralisations et l’effet de halo s’en approche dangereusement. Je ne passerai pas plus de temps à expliquer ici en quoi c’est une aberration. 🙂

 

Le biais de négativité

Le biais de négativité correspond à la tendance à donner plus de crédit aux expériences et émotions négatives qu’aux expériences positives. On s’en souvient davantage, on y accorde plus de poids, on tend à les transmettre plus facilement, etc.

C’est pour cela que les médias véhiculent au premier plan des messages de crises, de violences, de procès, de menaces… Pour cela aussi que le scandale fait plus d’audience que la réussite. Les émotions négatives nous attirent et nous marquent.

Vous l’aurez compris, le biais de négativité est très puissant en communication. Ce qui m’incite à faire un parallèle rapide. En communication notre cerveau comprend mal les négations. Donc si vous dites « motives toi », le cerveau retient « motive ». Formulation que l’on préférera donc à sa version négative « ne te démotive pas », où ici le cerveau retient « démotive ».

Or, le biais de négativité va faciliter la rétention d’informations négatives. Comment faire donc, pour optimiser des messages que l’on souhaite percutants ? Tout dépend de la cible.

Personnellement, j’ai pris plaisir à analyser les allocutions récentes du président de la république en cette période de troubles liés au Covid19, notamment son discours « nous sommes en guerre ». Des messages négatifs matraquant des émotions terribles comme la peur, la méfiance, etc. Efficacité maximale ! Parenthèse fermée.

cerveau

 

Le biais d’ancrage

Le biais d’ancrage est la tendance à utiliser une information, souvent la première, comme une référence. En gros, la première information que j’obtiens s’ancre en moi et me sers de référence pour porter mon jugement.

Ce biais intervient beaucoup dans les interactions commerciales comme les négociations, les soldes des magasins ou les menus de restaurants. La technique commerciale du prix barré (très réglementée désormais en France) fait appel à ce biais par exemple.

Une petite anecdote : la présentation du premier Ipad de Steve Jobs est un cas d’école assez connus pour présenter ce biais. Imaginez. Il se tient sur une estrade et vient de présenter son produit. Derrière lui, un vidéo projecteur affiche le prix de 999$ en énorme, seule information de la diapositive.

Pendant ce temps, Mr Jobs parle de sa volonté de fournir les meilleures performances, la meilleure technologie, le meilleur niveau de prestation avec son produit. Il met en avant les efforts fournis par son équipe et leur intérêt de proposer ce produit à un prix accessible pour tout le monde. Tout un programme.

Il déblatère un long moment et à ce moment-là, tout le monde a intégré ce prix, entendu ses arguments et la foule commence à se persuader que c’est un prix convenable pour le bijou de technologie que l’Ipad représente à cette époque. En fait non, ce n’est pas un prix convenable, c’est LE prix convenable.

Lorsque la foule est bien suspendue à ses lèvres, il passe à la diapositive suivante où un gigantesque 499$ vient écraser le prix précédent et les spectateurs acclament cette annonce en ayant le sentiment qu’à ce moment-là, un geste énorme est fait par la généreuse société Apple pour sa clientèle. Alors que non, c’est juste le prix fixé par les marketeurs, la façon de présenter ce prix en revanche, tient du génie.

Voilà un exemple de la puissance du biais d’ancrage.

 

Le biais de conformisme

Le biais de conformisme est la tendance à penser et agir comme les autres le font. C’est le fameux syndrome du « mouton » de l’humanité. C’est ce qui nous pousse à nous conformer à la norme plutôt que de suivre un instinct.

En faisant mes recherches pour écrire cet article, je suis tombé sur une expérience intéressante démontrant ce biais cognitif.

Des scientifiques donnent à un sujet un test à remplir dans une salle de classe vide. Au bout d’un moment, ils font apparaître une fumée épaisse par une grille de la salle. La quasi-totalité des sujets s’interrompent alors, puis ils vont contrôler l’origine de cette fumée avant de quitter la pièce et d’avertir quelqu’un.

Ensuite, ces scientifiques conduisent la même expérience, mais dans une salle de classe pleine cette fois-ci, les autres participants au test étant des complices. Lorsqu’ils déclenchent la fumée, tous les complices agissent comme si cela était naturel et ne réagisse pas. Ils poursuivent leur test en remplissant leur questionnaire.

Vous devinez le résultat de cette étude ? Seulement un sujet sur dix réagit et donne l’alerte. Neuf personnes sur dix se contentent de regarder autour d’eux, ils constatent que personne ne réagit et décident d’ignorer la fumée. Ils se conforment à ce qu’ils observent être la norme. Fascinant ? Déroutant ? Dangereux…?

 

L’effet Spotlight

Ce biais m’intéresse tout particulièrement car son impact négatif sur la confiance en soi est très important. L’effet spotlight, c’est un biais qui nous pousse à surestimer l’attention que l’on nous porte.

Dans les salles de sport, au restaurant, dans les magasins… Il y a vraiment un biais cognitif qui nous donne l’impression qu’un tas de gens nous observent. Et de fait, qu’ils nous jugent. Alors que non, en fait, tout le monde s’en fout.

C’est très apaisant d’en prendre conscience. Mon formateur actuel est un aficionado des thérapies brèves. Lors de ses sessions de coaching, il amène sur des places publiques où il y a un fort flux piéton les personnes mal à l’aise en société et en manque de confiance en elles. Puis il leur demande de faire quelque chose d’absurde. Chanter à tue-tête, crier, se rouler par terre, etc.

Si les personnes lâchent prises et jouent le jeu, elles se rendent compte au final qu’après être passé pour un gland pendant une minute, plus personne n’y prête attention… Parce que les gens ont tous des choses à faire, des pensées préoccupantes, une vie bien à eux : ils ne font pas attention à vous.

Ce biais cognitif joue un rôle important dans ces thématiques de confiance en soi, c’est important de savoir le reconnaître et de s’approprier une croyance aidante à la place. Passons, je divague !

 

Le biais de confirmation

Le biais de confirmation est la tendance, très commune, à ne rechercher et ne prendre en considération que les informations qui confirment nos croyances.

Avec le biais de confirmation, on entend plus facilement les opinions qui vont dans notre sens et qui confirment nos croyances. Pire encore, ce biais nous pousse à ignorer ou discréditer les avis qui les contredisent.

Le biais de confirmation est donc confortable pour l’égo, mais il obscurcit sacrément notre objectivité.

 

L’effet retour de flamme

Assez proche du biais de confirmation mais selon moi plus terrible encore. Ce biais cognitif nous pousse à rejeter des opinons allant à l’inverse de nos croyances ou d’une opinion initiale. Vous reconnaissez ? Mais si, c’est moi, la mauvaise foi !

Alors à tous ceux (moi compris) à qui ça arracherait la bouche de prononcer ces trois mots « j’ai eu tort » : tout va bien se passer !

C’est donc un phénomène rationnel expliqué par les sciences comportementales. C’est normal de maintenir plus facilement une première opinion ou une croyance, même lorsque l’on vous prouve le contraire… Ouais ouais.

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Le mot de la fin

L’écriture de ce post découle pour moi d’une grande curiosité sur ce sujet. L’esprit humain est d’une complexité infinie et l’Homme n’en découvrira peut-être jamais tous les mystères. Mais des mystères, il en est un paquet que les sciences humaines ont mis en lumière ! Malgré tout, le grand public n’en a pas forcément connaissance (oui mais il y avait les Marseillais à Cancún à la télé alors bon…)

Si je peux transmettre une once de cette curiosité à travers ces quelques lignes alors ce sera mission accomplie pour ma part.

J’espère également que vous aurez reconnu, tout comme moi en découvrant ces concepts, des comportements familiers ou mieux encore, des personnes de votre connaissance qui font montre de ces attitudes régulièrement.

Cela vous aidera peut-être à lâcher prise et à considérer ces comportements avec le sourire… Personnellement, en bon maniaque du contrôle, je n’y arrive pas, mais ça ne doit pas m’empêcher de vous souhaiter d’être meilleurs que moi !

Sinon, pour ceux qui seraient curieux de découvrir d’autres biais, le blog Convertize en a recensé soixante-douze (?!) dans cet article. La page wikipédia dédiée aux biais cognitif en dresse également une liste plutôt fournie.

Si vous avez manqué ma série d’articles sur la communication, je vous recommande de commencer ici !

Merci pour votre attention et à bientôt,

 

Benjamin Taral – Le Bossu

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